Apprivoiser l’impuissance pour mieux gérer son stress
Mettez en pratique une méthode toute simple pour réduire le stress lié au manque de contrôle en distinguant l’influence réelle des simples préoccupations.
Les papillons du dimanche soir dans le creux de votre estomac vous rappellent qu’une nouvelle semaine se met en branle. Même si votre cerveau insiste que tout va bien au travail ces temps-ci, le corps se met en état d’alerte. Depuis vos premiers pas de gestionnaire, vous souvenez-vous de la dernière fois où vous avez dormi comme un bébé dans la nuit du dimanche au lundi?
Moi non plus.
Même si je suis travailleur autonome depuis deux ans, mon corps porte toujours les stigmates de mes jours d’entrepreneuriat, époque où j’avais souvent l’impression de perdre le contrôle, à commencer par la gestion de mon stress. Fou raide, hein?
C’est là que réside l’illusion. On ne manque pas de contrôle sur notre stress ; on choisit mal ce qu’on essaie de contrôler.
Manifester son impuissance : un réflexe naturel
Imaginons un scénario tout à fait plausible pour un·e gestionnaire :
7h30 : Vous êtes dans le trafic lourd, refoulé de surcroît en raison d’un accrochage à un autre échangeur. À la radio, on vous rappelle les développements en Iran et à Washington, et on annonce de nouveaux reports d’engagements pris à Kyoto pour contrer les changements climatiques.
8h40 : Vous venez à peine de vous installer à votre bureau qu’une employé·e vient vous annoncer la bonne nouvelle : elle attend un premier enfant! Vous la félicitez chaleureusement même si vous ne pouvez vous empêcher de penser immédiatement aux conséquences de l’absence prolongée d’un pilier de votre équipe.
11h09 : Votre supérieure vient bousculer votre planif trimestrielle pour la troisième semaine d’affilée, cette fois-ci en raison de la mise en place d’un nouveau logiciel de gestion qui va impacter joyeusement le travail de l’ensemble des directions.
L’heure du lunch n’a pas sonné que le hamster a déjà fait quelques kilomètres dans votre tête. Vous demandez à l’univers d’arrêter de s’acharner sur vous. « Pourquoi moi??? Qu’ai-je fait pour mériter ça?!?! On est cuits! ».
Imaginez que votre charge mentale est une batterie de téléphone. Chaque matin, vous commencez à 100 %. Si vous passez vos premières heures à rager contre les décisions des chefs d’état, à vous inquiéter de la pénurie de main-d'œuvre qualifiée ou à stresser pour un nouveau changement de cap de la haute direction, vous brûlez 60 % de votre batterie sur des éléments où votre pouvoir d'action directe est de 0 %.
Pendant ce temps, votre niveau de cortisol augmente.
Le sentiment d’impuissance est le carburant numéro un du cortisol, une hormone que le corps sécrète pour gérer les effets prolongés d’une situation qu’il juge « menaçante ». C’est alors que le stress chronique peut finir par s’installer et mener à des conditions plus importantes comme le brownout (désengagement) ou le burnout (épuisement).
La magie du cercle d‘influence
Renoncer au contrôle est chose très difficile car il va à l’encontre de nos pulsions primitives. Mais vous le savez sans doute déjà, votre quotidien de cadre intermédiaire exige de gérer plusieurs situations que vous ne pouvez régler à vous seul·e. Dès que vous sentez le sang monter à la tête, prenez deux minutes pour tracer un cercle d’influence.
Proposé par l’auteur Stephen Covey, cet outil est composé de trois cercles superposés qui permettent de décortiquer la situation entre :
ce qui est une préoccupation hors de votre contrôle, comme la météo ou une décision de la haute direction ;
ce que vous pouvez influencer à travers vos relations ;
ce que vous pouvez contrôler directement via vos actions.
Revenons à notre exemple de planif bousculée. L’idée est de soustraire rapidement votre attention du cercle des préoccupations pour focaliser sur les deux autres cercles. Autrement dit, passer de l’attitude « Encore un changement! Pourquoi moi?! » à celle de « Comment puis-je composer avec la situation ? »
Dans ce cas-ci, vous ne pouvez changez la décision, mais vous pouvez minimalement :
demander des précisions et partager votre vision auprès de vos supérieurs (contrôle), et peut-être ultimement en arriver à un compromis (influence) ;
communiquer la nouvelle de façon constructive (contrôle) aux membres de votre équipe et valider leur engagement à court ou moyen terme (influence).
Conséquence magique #1 : votre cerveau ne fait pas de différence entre le contrôle total et l’influence. Dès que vous sortez du cercle des préoccupations, vous envoyez un signal d'apaisement à votre système nerveux : « Je ne suis pas une victime, je peux changer des choses ».
Conséquence magique #2 : plus vous choisissez de concentrer vos efforts sur l’action, votre cercle d’influence s’élargit. En étant une personne proactive et posée dans votre environnement, vous gagnez la confiance de vos pairs et supérieurs. Graduellement, on vous consulte davantage, et votre pouvoir d'action réel grandit.
Passer de la réaction à l'action
Quand on est gestionnaire, on aime ça livrer la marchandise. Mais pour rester performant·e et sain·e d’esprit dans notre écosystème souvent bousculé par les changements de toutes sortes, il faut accepter de lâcher prise sur le reste.
La prochaine fois qu'une situation vous fait grimper dans les rideaux, posez-vous cette question toute simple : « Est-ce que cette situation est dans mon cercle de contrôle / d’influence ou seulement dans mon cercle de préoccupations ? »
Si vous n'y pouvez rien, prenez une grande respiration et gardez votre énergie pour aider votre équipe à naviguer dans ce changement. C’est là, et seulement là, que vous avez les deux mains sur le volant.