L’IA au travail : Prendre du recul pour se donner de l’élan

L’intelligence artificielle est une véritable révolution pour les entreprises, mais aussi un beau casse-tête pour les équipes chargées d’intégrer la bibitte dans leurs outils et processus. Et si la solution pour gagner de la vitesse était… de ralentir?

Êtes-vous tanné·e de lire sur l’IA? J’espère que non, car ça ne fait que commencer. En tant que vieux personne d’un certain âge personne d’expérience, je participais au développement de sites web à la fin des années 1990 alors que mon feed RSS sur Netscape et mon calnal IRC débordait d’infos sur l’adoption d’Internet et de son impact au travail et dans notre vie. Et aujourd’hui, on parle encore de simple « transformation numérique » !! Imaginez…

Je ne sais pas si l’adoption de l’IA est (sera) plus facile que l’adoption d’Internet, mais chose certaine, il existe pour l’instant un gros décalage entre les promesses de révolution et la réalité du plancher.

Le constat est frappant lorsqu’on regarde les résultats d’une étude commandée par le Wall Street Journal : pendant que 40 % des hautes directions affirment gagner plus de huit heures par semaine grâce à l’IA, les deux tiers des membres du personnel non-gestionnaire déclarent sauver moins de deux heures... ou rien du tout. À Davos, lors du dernier Forum économique mondial, le sondage de PwC abondait dans le même sens : plus de la moitié des 4 500 leaders sondés ne voient pas encore de bénéfices financiers concrets.

Source : Wall Street Journal

Le clash des contextes

Pourquoi vos cadres supérieurs semblent-ils voler au-dessus de la mêlée pendant que vos équipes rament avec la même technologie ? Ce n’est pas une question de talent ou de volonté. C’est une question de contexte.

Pour une personne à la direction, l’IA est un levier stratégique. Mais pour les personnes expertes qui composent vos équipes, l’IA est un nouvel outil complexe à intégrer dans des processus déjà bien aiguillés. Si on leur demande d’être aussi productives qu'avant tout en apprenant à dompter la bête, on ne crée pas de l’efficacité, on crée de l’épuisement.

Se donner le droit de taponner

Comme gestionnaire, votre rôle n'est pas de surveiller le chronomètre, mais d'ouvrir la porte. L’IA n'est pas un logiciel comptable qu’on apprend en une formation d'un après-midi. C'est carrément un changement de paradigme doublé d’une nouvelle source de stress qui remet en question notre valeur perçue.

Pour que les membres de vos équipes cessent de voir l’IA comme une corvée supplémentaire, ils et elles ont besoin de s’amuser dans le carré de sable, un espace où l'on a le droit d'échouer, de tester des prompts pas rapport, de comprendre pourquoi l'outil hallucine, et surtout, de repenser nos propres méthodes de travail sans la pression du livrable immédiat.

Cultiver l'agilité plutôt que la vitesse

Si vous voulez que l’IA finisse par se traduire par une courbe ascendante sur votre bilan financier, il faut accepter que celle de l'apprentissage est tout sauf une ligne droite. Il faut considérer que, pour certains corps de métier, c’est comme si on remplaçait mon Taos par une Formule 1 et on me plaçait sur la ligne de départ du prochain Grand Prix. Oui, le potentiel est énorme, mais dans ces cas la période d’exploration et d’acclimatation risque de se prolonger.

Votre défi, c'est de protéger ce temps d'exploration. Face à la haute direction, n’hésitez pas à cultiver la patience en communiquant les progrès effectués tout en étant intègre et transparent·es quant aux résultats à anticiper. Auprès de votre équipe, valorisez le partage des découvertes entre collègues. Encouragez l'expérimentation inclusive où chaque voix compte pour définir comment l'outil servira réellement le collectif. C’est en ralentissant consciemment aujourd’hui que vous permettrez à votre organisation de passer à la vitesse supérieure demain.

L'IA, au fond, c'est beaucoup moins une question de technologie qu'une question de gestion humaine. Et ça, c’est le carré de sable que vous maîtrisez.

 
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Exclure les cyniques? Non, les questionner.