Convaincre, simplement

Le jargon est un refuge. Un refuge confortable pour masquer l’ambiguïté, éviter de prendre position ou donner l’illusion de savoir de quoi l’on parle.

Dans bien des organisations, plus le discours est flou, plus il est perçu comme « stratégique ». Et pourtant, c’est exactement l’inverse qui inquiète.

Pour les gestionnaires, s’appuyer sur le jargon est une pente dangereuse. Vous êtes au cœur de l’action, là où les décisions doivent être comprises, interprétées et exécutées. Chaque mot imprécis ajoute une couche d’interprétation inutile. Résultat : vos employé·es font signe de comprendre, se regardent du coin de l'œil… puis retournent bêtement à leurs tâches.

Le langage, un outil sous-estimé

Le langage est l’un des outils de leadership les plus sous-estimés. Un·e leader qui parle clairement ne simplifie pas à outrance : il/elle assume. Il/elle choisit ses mots pour réduire l’ambiguïté, pas pour s’en protéger. Dire « voici ce qui est prioritaire cette semaine » est pas mal plus mobilisateur que « nous allons revisiter nos leviers de performance à court terme ».

Une étude publiée dans le Journal of Business and Psychology * a examiné comment les styles de communication des leaders — notamment la précision (un équivalent à la clarté) — sont significativement liés à des résultats positifs comme la satisfaction des employé·es, l’engagement dans le partage des connaissances et la perception de performance des leaders.

Dire les choses telles qu’elles sont

Le jargon crée une distance. Il trace une ligne invisible entre « ceux/celles qui savent » et « ceux/celles qui exécutent ». À long terme, cette distance érode l’engagement et nourrit le cynisme. Les employé·es finissent par traduire mentalement chaque message, souvent avec une bonne dose de scepticisme. Ce n’est pas de la résistance au changement, c’est de la véritable fatigue jargonnesque.

Éviter le jargon est un autre élément à classer sous « courage managérial ». Cela oblige à dire les choses telles qu’elles sont, avec leurs zones d’inconfort. Mais c’est précisément là que naît un objectif partagé. Un langage clair crée un espace commun où chacun sait ce qu’il a à faire, pourquoi il le fait, et comment son travail contribue à l’ensemble.

Le leadership ne se joue pas dans la complexité du vocabulaire, mais dans la clarté de l’intention. Et ça, ça se perçoit dès les premiers mots!

* Leadership = Communication? The relations of leaders’ communication styles with leadership styles, knowledge sharing and leadership outcomes

 
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Faire face aux risques psychosociaux, ou mettre son courage managérial à l’épreuve