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Donner un sens

Nous voulons comprendre. Pour donner un sens à notre travail, pour s’investir davantage, et ultimement, pour offrir un meilleur rendement.

« Toujours en quête de sens? » « Ben oui… »

« Toujours en quête de sens? »
« Ben oui… »

Nous voulons comprendre. Pour donner un sens à notre travail, pour s’investir davantage, et ultimement, pour offrir un meilleur rendement.

« Je disais toujours que j’allais bien. Mais il y avait des matins où je me réveillais, regardais le plafond et me demandais : ‘Qu’est-ce que je fais aujourd’hui… et pourquoi?’. Il y a des moments où on se demande à quoi ça sert tout ça. »

David Byrne, chanteur des immortels Talking Heads, décrivait en ces mots ses états d’âmes de confiné récemment. Quand j’ai lu ça je me suis dit que la crise sanitaire touchait vraiment tout le monde, peu importe son statut, sa provenance, etc. J’étais plein de compassion pour David, mais j’avoue que je me sentais moins seul entre mes 4 murs. 

Nous vivons tous parfois de petits moments de détresse existentielle. Où vais-je? À quoi sers-je? (Aqua Serge?) Quelle est ma place? Pour combien de temps suis-je ici? Le confinement nous place dans des dispositions où ces moments se multiplient. Dans notre vie personnelle, mais aussi au travail. 

Dans son livre Lost Connections, le journaliste Johann Hari a identifié, au terme d’une imposante recherche scientifique, les 7 principaux facteurs externes menant à la dépression. Deux de ces facteurs sont liés directement à notre quête de sens :

  • Déconnexion du travail significatif

  • Déconnexion des valeurs significatives 

L’adjectif « significatif » se veut ici une traduction plutôt mollasse de
« meaningful ». Pour rephraser, je dirais que nous avons besoin de savoir que notre travail sert à quelque chose qui fait du sens pour nous et que nous l’effectuons selon des valeurs auxquelles nous croyons.

Nous parlerons des valeurs dans un prochain article. Pour l’instant, attardons-nous à la valeur du travail. 

J’ai déjà dit que la ligne entre le travail et la vie personnelle n’a jamais été aussi floue. C’était vrai avant la pandémie et le confinement a voilé davantage cette ligne. L’époque où la « vraie vie » débutait à 17h30 le vendredi est révolue, l’accomplissement de soi est maintenant une préoccupation 24/7. Plus que jamais, nous voulons être convaincus que nous faisons une différence au sein d’une organisation qui fait une différence. 

J’adhère. À mon avis le travail est essentiel à notre humanité et prend une place importante dans notre perpétuelle quête de sens. Du seul point de vue physiologique, le travail mobilise les 40 heures les plus productives de notre semaine et les 40 ans les plus productives de notre vie. N’est-ce pas 100% logique de lui donner une valeur en conséquence? 

Bien sûr, sauf qu’on n’en est malheureusement pas là. Une étude montre que plus de 90% des gens seraient prêts à échanger un pourcentage de leurs revenus contre un travail plus significatif. Une autre mentionne que, bien que 82% des gens croient en l’importance de faire une différence via leur travail, seulement 42% sont inspirés par la mission et les objectifs de leur organisation.

Alors croyez-vous qu’une personne confinée depuis des mois, privée de son environnement de travail habituel, et qui par-dessus tout n’est pas convaincue de la mission de son travail/organisation, offrira le rendement attendu?

(ne répondez pas, c’était une question rhétorique)

Donner un sens à notre travail

Votre organisation : énoncer une mission limpide et inspirante.

Trop de leaders ont tendance à sous-estimer la formulation de la mission de leur organisation. Pourtant, un énoncé inspirant peut devenir un formidable catalyseur pour l’engagement de l’équipe. Il permet aussi de mieux canaliser les efforts des membres de l’équipe vers l’essentiel de ce qu’il y a à accomplir.  

Comment on y arrive? Si vous êtes chargé d’énoncer la mission, la première chose à faire… c’est de ne rien énoncer. Pas tout de suite. Lâchez votre clavier, rassemblez votre équipe et échangez à partir de questions simples : que fait-on? En quoi le fait-on différemment des autres? Ça sert à quoi? Pour qui?. Par la suite, demandez à chacun la principale raison qui le motive à se rendre au travail chaque matin. 

Vous serez étonné de la diversité et de la richesse des réponses. Cette information vous permettra par exemple de transformer cet énoncé :

« Nous fabriquons des boîtes de carton de qualité pour le bénéfice de notre clientèle » (oui, j’ai vu ce type de formulation)

En quelque chose qui émane de vos intérêts, de vos valeurs et du besoin du client :

« Nous améliorons la fraîcheur et la durabilité des fruits et légumes en créant des emballages écologiques et sécuritaires pour les marchés d’alimentation québécois. »

Vous : Donner, et exiger, un minimum de contexte.

Chez Sigmund, dans le cadre d’un nouveau projet client, je tenais à ce que la rencontre de démarrage se déroule en présence de tous les intervenants des deux côtés, pas seulement les chargés de projet. Je voulais que l’équipe prenne conscience que le projet n’était pas qu’un site Web de plus à coder, mais qu’il représentait un énorme jalon dans l’agenda de l’équipe de marketing du client, et que ce site allait le propulser à un tout autre niveau. Je voulais aussi nous rappeler que chaque projet est piloté par des êtres humains aux forces et faiblesses diverses (ça, on en a déjà parlé aussi). J’ai immédiatement senti le niveau d’engagement monter d’un cran. 

Lorsque vous demandez à un membre de l’équipe d’exécuter une tâche, prenez 2 minutes de plus pour lui expliquer le contexte : l’objectif, le bénéfice, les tenants et aboutissants. 

C’est simple, nous voulons comprendre. Cela nous permet de donner un sens à ce que nous faisons. Et si ce que nous faisons a un sens, nous sommes plus investis dans notre travail. Et si nous sommes plus investis, nous offrons un meilleur rendement. 

C’est d’autant plus vrai en ces temps de crise où nous avons l’impression que beaucoup trop de choses nous échappent.


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Comment quitter un emploi qu’on aime et garder (presque) toute sa tête

La psychologie moderne indique que la perte d’un emploi compte parmi les événements les plus difficiles à vivre, tel le deuil et la séparation. Notre modèle sociétal explique en partie ce phénomène.

- « wwwwwaaaahhhheeeuuuuhh!!!!! » - « Euh… tu es sûr que tu veux quitter, Éric? »

- « wwwwwaaaahhhheeeuuuuhh!!!!! »
- « Euh… tu es sûr que tu veux quitter, Éric? »

Presque un deuil?
Non, carrément ça.

J’ai quitté mon emploi chez Sigmund en décembre l’an dernier. J’y étais associé depuis 4 ans, j’étais en charge des opérations. Le processus de départ, du « peut-être que… » à « au revoir tout le monde » a duré deux semaines. Les détails de ma décision importent peu, mais disons qu’une opportunité de vendre mes parts s’est soudainement présentée, ce qui a accéléré à vitesse grand V une réflexion sur moi-même entamée tout bonnement pendant l’été. Faque j’ai quitté.

Mais la claque que j’ai reçue par la suite ne faisait pas partie de mes plans.

Bienvenue les émotions

Quand tu quittes en maudit suite à un conflit, deux semaines est un long délai. Mais quand tu quittes une job et des gens que tu aimes dans la paix et d’un commun accord, deux semaines équivalent à 5 minutes.

Au début, englouti dans un tsunami d’émotions, tu réalises à peine ce qui t’arrive. La tristesse, la peur, l’euphorie, l’incertitude, le soulagement, le regret, l’anxiété prennent le dessus à tour de rôle. Tu essaies de combattre et ça rend l’expérience encore plus difficile. Ce feeling a duré plusieurs semaines. Plusieurs semaines!!

Puis j’ai finalement compris ce qui se produisait : depuis plusieurs années mon identité, ma personnalité, mon épanouissement n’étaient définis qu’à travers mon emploi. Le travail, le bien-être de l’équipe m’habitaient 24/7. Pendant ce temps, je négligeais mes activités extra-curriculaires. Pas de hobby, peu d’amitiés entretenues. Combien de fois ai-je dit à ma conjointe, « j’ai pas le goût de rencontrer des gens samedi. J’ai déjà assez de m’occuper des employés et des clients la semaine! ».

La psychologie moderne indique que la perte d’un emploi compte parmi les événements les plus difficiles à vivre, tel le deuil et la séparation. Notre modèle sociétal explique en partie ce phénomène. Se défoncer à sa job est perçu positivement et on finit par y croire, consciemment ou non.

Trois solutions pour s’en sortir

Heureusement, le temps qui passe nous permet de remettre graduellement les pendules à l’heure et d’envisager le futur avec optimisme. Dans mon cas, trois éléments ont été déterminants au cours des six derniers mois.

  1. S’auto-compatir. Arrêter d’être son pire ennemi. Arrêter les j’aurais dû... les qu’est-ce que les autres vont penser.... Reconnaître et accepter que ce soit difficile, se dire qu’on vit cela différemment des autres, et qu’on a le talent et la résilience nécessaires pour s’en sortir. L’excellent livre de Kristin Neff sur l’auto-compassion est très révélateur sur le sujet.

  2. (Re)trouver un sens à sa décision de quitter. Rationaliser sa décision. Se rappeler les raisons qui ont motivé le départ, les assumer, et s’en servir comme pierre d’assise pour passer à la prochaine étape. Scientifiquement, il y a un terme pour ça : sensemaking.

  3. Prendre son temps. Ne pas céder à la tentation du low hangin’ fruit, aux pressions sociales, à l’incertitude financière (autant que possible). Prendre un temps d’arrêt pour valider ce qu’on aime faire, ce qu’on n’aime pas faire, dans quoi on est bon, et moins. Et explorer.

Cette recette n’est pas universelle. Les moyens de surmonter ce genre de situation varient selon les personnes et leur contexte.

Pour l’attitude toutefois, un pré-requis : être curieux et honnête envers soi-même. :)


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